vendredi 6 janvier 2012

Pomme de Terre


                        Pomme
                        de Terre

                        Comme mon cœur était trop plein et que mon cahier ne suffisait plus, je me suis souvenue du vieux classeur. Dans le cahier il y avait du désordre, trop de désordre. Le classeur était laid et à cause de ça j'ai vécu sans classement.Maintenant je m'en sers, je refuse de jeter, c'est offenser la terre mère. Il a des titres qui dépassent à ma droite:
Réponses à Alain Finkelkraut
La Grand ' mère retrouvée
Toi qui m'as fait vieillir, Cassandre
Antigone photographiée
La porte du Tabernacle
                        Autrement dit: Société et philosophie; la mère; les hommes; mon  père; la peinture.
Puis je m'aperçois que , de la même façon que our A. Fink.les questions de société fusionnent avec la philo, pour moi tous ces sujets fusionnent avec la peinture.  Ce qui fait que c'est la partie Porte du Tabernacle qui se trouve le plus souvent en cours sous le sigle PDT, le même que j'utilise sur mon pense-bête des courses pour: pommes de terre.
Et je le lis comme ça.
Et l'entends:
Pomme
de Terre.

12 O2



            Sur cet indigne lieu-dit, llà-haut, les dieux qui jouent aux diamants .


            11 O2
            Je pense souvent à peter Handke, dont je n'ai lu qu'un seul livre:" Mon année dans la baie de personne."
Parcequ'il parle de la vision périphérique, d'une façon qui me botte, et j'ai pris note alors que j'ignorais à ce moment qu'il est peintre.
            " Je voudrais que ces instants-là aient un effet, et si mon état exagérément conscient ne me gàche pas le jeu, j'y parviens(...) les objets s'illuminent alors comme ils ne l'auraient jamais fait dans le regard direct ; c'est une émission de lumière qui donne des contours et des orientations . Cela permet de soumettre le chaos(...) à un dessin.
            Constamment il arrive que je sois surpris par la diversité qui est là(...) même s'il n'y a que l'air. Le spectacle me laisse alors pantois."
           
            p. 11O il dépeint la vue de sa fenêtre exactement dans le même sentiment où j'ai conçu "Juste avant qu'il neige"
(tableau à présent bradé,et pourtant, alors mon préféré)
                        " Il y a là... COMME PARTOUT, sinon qu'...   ...plus que d'habitude...     ...d'une part cela vient de...   
...recule mais ne disparaissant pas dans le lointain.  Et d'autre part cet endroit a déjà en lui même quelque chose de particulier, car les chênes, les bouleaux, les châtaigniers y sont rangés sur une première crête derrière laquelle le terrain redescend manifestement dans un creux . etc..."
 Tout est symbole dans ce texte, comme dans mon tableau.
                        Dans mon tableau la bande d'invisible,manifestée par un léger appui sur l'avant ( retrouverait-on là une des constantes de la musique baroque?) c'est la vallée de la Dore ;
            J'étais arrivée à ce qu'il poigne, comme je l'avais été, sans que rien de pondérable n'indique comment .
Le vide, le suspens, l'impeccable banalité le rendait, comme ce soir là,  particulièrement immobile, profond, unique.
p 3O4  " La surprendre telle qu'elle était!"

p  3O5   considérations sur les multiples gris de l'hiver. 

p  354  " Et si le lieu s'imprégnait alors en moi dans toute sa préciosité, c'était bien plus encore grâce à mes erreurs que grâce  aux points sur lesquels j'avais touché juste .
             juste avant: " je quittais le peu de traces laissées par ma mémoire, je devenais concret...   Avec une pareille description... une devinette, plutôt... j'y allais une deuxième fois. La solitude et l'éloignement continuaient à créer le monde."
p  426   "nous avons besoin de ta constance"

p  432 à propos des grillons: ..." l'oeuvre, la douce."

p448  les " seuils temporaires" = les juste avant.



            Dans un rêve mal inspiré, je foutis le camp en banlieue pour aller voir Peter Handke.
            Passionnément emplie de BVF ( bonne volonté féminine) non essorée, comme un personnage de BD, impétueuse, je le pris d'assaut  - ô là là! le calme !  Pour lui dire combien page tant et tant et tant dans "la baie de personne", il écrit comme je peins, il ne fait rien d'autre que mettre en évidence, dans l'intervalle,impossible, évidemment - entre lui et la chose - faut-il le préciser tout déplacement qui est celui-là même de la musique, depuis toujours et pour toujours intervalle donc oeil objet; mais vu non vu; personnage et son absence; écrit oui, ô combien ( pof pof dirait Agrippine, ou Bretécher) mais relaté - pas relaté. Pas de linéarité, bien qu'on ne parle que de cela; obsédant.  Nous, en peinture, on entend les autres nous dire: "figuratif - non figuratif."
Alors quand c'est une injure, on dit, quand on ne sait pas voir la peinture, mais qui sait la voir? quand c'est une injure, donc, figuratif se dit anecdotique; en oubliant , ou en n'ayant jamais su qu'une peinture n'est plus un sujet. Quand on n'y voit rien on dit que c'est contemporain, un terme recuit au four des écrans couverts d'yeux ignares, comme ces voiles de mouches plusieurs fois dénoncés dans ce livre.
            Et donc mon thème, mon chemin chéri, ma banlieue à moi la vision périphérique, qui est aussi celle de l'animal, donc celle d'avant l'écrit, d'avant le signe posé ;;;
                        Peter qui était en train de màcher une phrase - et la suivante - cracha ses yeux et moi, affolée, indigne qu'il piétine pour moi le sol de son jardin , et refusant de toutes mes forces qu'il se mette à pleurer, touchée au coeur, j'essayai de refranchir la grille sur la place au milieu, je m'écriai Peter: Il peint comme j'écris non zut c'est l'inverse dans les bulles de mon nez dans les sanglots. Enfin quoi, c'est pareil - la juxtaposition des touches douceur, divorce et je m'arrêtai de pleurer, trop loin dans l'impossible.
            C'est impossible et c'est pour ça que j'ai été faite.

05 01 05


je tombe sur un thème qui me rend loquace: " Moi, j'ai fait Emaux et Camées".
C'est ainsi, une fois pour toutes, que je désigne ce thème. Je le trouve dans une nouvelle de Haruki Murakami: Le Nain qui danse. Qui me plait pour cette raison . En fait ce sont des contes.Le mot d'ordre du nain, dans ce conte, c'est: Motus et 
bouche cousue quand ça devient insupportable et laid.Et si c'était un conte, le héros triomphant serait sauvé, alors que
dans la nouvelle,il n'a fait que triompher d'une épreuve et la vie quotidienne lui en réserve d'autres, comme d'habitude.
Haruki me fascine: il dépeint les chemins du rêve,les chemins de la paresse, comme si tous les objets et gestes du quotidien en étaient bourrés des graines." Quand à moi, Emaux et Camées" n'est cependant jamais le programme de Haruki .Au contraire, l'imaginaire représente son mode de contournement sur cette question.Il n'y a pas, il le dit bien, de plan du réel,mais seulement une attention portée et à priori à laquelle rien ne dit d'abord où focaliser,d'où une fluctuation des contours. J'y retrouve facilement mes expériences, mes convictions sur la fonction du regard et l'emprise  physique de la vision périphérique, toute paradoxale puisqu'en nous arrachant d'une secousse au rationnel,elle jette dans les violences fabuleuses du réel,révèle dans un éclair ses virtualités inexprimées.

vendredi 23 septembre 2011


Proximité des ténèbres




Un sous bois à la tombée du jour au début de l'hiver.
Sévère.
Pourquoi, pourquoi si souvent ces lueurs, ces jours liminaires.
Relations. Intervalles, proximité des ténèbres et du silence. Intervalles plus émouvants, plus caressants,
rapprochés. Musique chromatique


Un tableau




Il faut que le tableau exerce une attraction, un appel. Qu'on en reste
captif et qu'on en perçoive le silence.
Enfin c'est ce que je cherche.
Le tableau est fini quand j'estime l'avoir atteint.

Devant le pêcheur




La peinture c’est devant nous une vitre.
Elle est faite d’intervalles, comme la musique. Avec la musique, guidés jusqu'au métabolisme par le système acoustique - équilibre, ils induisent des états du corps. Mystère et sensation sont les instruments de la musique sur notre être.
Tandis que la peinture se tient dans l’évidence, comme j’étais nue dans la lumière du jour, plaquée contre le rocher, en face du pêcheur, ne bougeant pas pour disparaître. Et sans l’anticipation du pêcheur, très improbable, tout occupé de sa truite, sans aucun bruit elle disparaîtra.
Le mystère nous tire par l’inconscient, toujours frustré et donc avide.
Pour un peintre, l’évidence est à des années-lumière plus mystérieuse que les « tempêtes en verre d’eau » de l’inconscient Pour le passant, l’évidence est ce qui le laisse blasé, le lasse.
La peinture est invisible parce que, située dans l’évidence, elle s’adresse par ses intervalles à l’intellect.: Deux petits cerveaux adjacents que sont nos yeux, faits pour garder nos distances, l’appréhendent seuls.